• « Assimiler l’IA à de la triche dessert l’enseignement et enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant »

    Comment le système éducatif peut-il tenir encore la barre face au raz de marée des intelligences artificiellesgénératives en langage naturelcomme Le Chat ou ChatGPT ? Quand la version GPT-5.0, dévoilée le 7 août, exhibe un mode d’échange appelé « Prof pédago » qui fleure bon l’euphémisme pour « laisse-moi faire tes devoirs » ? La priorité me semble de sortir ces LLM du régime de la transgression auquel nos élèves et étudiants les associent, et que malheureusement nos discours alarmistes entérinent. De l’imaginaire pirate toujours latent avec l’offreexcitante de ce qu’est devenu l’Internet. A l’adolescence, c’est évidemment une offre irrésistible de pulsionnalité tournée contre la société réglée des adultes. L’assimilation de l’IA générative à de la triche dessert alors l’enseignement, et enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant. Alors, oui, la simplicité fulgurante de cette triche par IA est ahurissante pour celles et ceux qui ont pratiqué antisèches en papier ou formules dans la calculatrice : à la simple photo d’un énoncé, ces LLM répondent en une seconde par un corrigé intégral ! Du collège aux concours des grandes écoles, des saisies croissantes dévoilent, comme pour la drogue, l’extension de la pratique. ChatGPT relance d’ailleurs sans gêne les échanges avec des pratiques de dealeur : « Veux-tu un document complet en PDF à montrer à ton prof ? » Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture » Cette normalisation ne peut passer que par une intégration officielle, dont il faut déterminer les modalités et une charte d’usage claire. Il va ainsi falloir repenser les modalités d’évaluation, mieux valoriser encore l’oral en classe, et favoriser le retour à l’atelier de vrais « travaux dirigés ». Et surtout, me semble-t-il, malgré nos propres réserves, insérer cet outil dans une démarche académique, c’est-à-dire dans nos cours. Non pas sur le mode honteux de la cigarette partagée, et pas exclusivement sur celui d’une analyse critique qui paraîtrait trop de mauvaise foi pour dénigrer l’outil, mais pour le défaire de cette dimension transgressive. Ce qui n’implique pas du tout de se soumettre à une divinité pédagogique que l’IA n’est pas. Il vous reste 48.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
    #assimiler #lia #triche #dessert #lenseignement
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    Comment le système éducatif peut-il tenir encore la barre face au raz de marée des intelligences artificiellesgénératives en langage naturelcomme Le Chat ou ChatGPT ? Quand la version GPT-5.0, dévoilée le 7 août, exhibe un mode d’échange appelé « Prof pédago » qui fleure bon l’euphémisme pour « laisse-moi faire tes devoirs » ? La priorité me semble de sortir ces LLM du régime de la transgression auquel nos élèves et étudiants les associent, et que malheureusement nos discours alarmistes entérinent. De l’imaginaire pirate toujours latent avec l’offreexcitante de ce qu’est devenu l’Internet. A l’adolescence, c’est évidemment une offre irrésistible de pulsionnalité tournée contre la société réglée des adultes. L’assimilation de l’IA générative à de la triche dessert alors l’enseignement, et enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant. Alors, oui, la simplicité fulgurante de cette triche par IA est ahurissante pour celles et ceux qui ont pratiqué antisèches en papier ou formules dans la calculatrice : à la simple photo d’un énoncé, ces LLM répondent en une seconde par un corrigé intégral ! Du collège aux concours des grandes écoles, des saisies croissantes dévoilent, comme pour la drogue, l’extension de la pratique. ChatGPT relance d’ailleurs sans gêne les échanges avec des pratiques de dealeur : « Veux-tu un document complet en PDF à montrer à ton prof ? » Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture » Cette normalisation ne peut passer que par une intégration officielle, dont il faut déterminer les modalités et une charte d’usage claire. Il va ainsi falloir repenser les modalités d’évaluation, mieux valoriser encore l’oral en classe, et favoriser le retour à l’atelier de vrais « travaux dirigés ». Et surtout, me semble-t-il, malgré nos propres réserves, insérer cet outil dans une démarche académique, c’est-à-dire dans nos cours. Non pas sur le mode honteux de la cigarette partagée, et pas exclusivement sur celui d’une analyse critique qui paraîtrait trop de mauvaise foi pour dénigrer l’outil, mais pour le défaire de cette dimension transgressive. Ce qui n’implique pas du tout de se soumettre à une divinité pédagogique que l’IA n’est pas. Il vous reste 48.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. #assimiler #lia #triche #dessert #lenseignement
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    Comment le système éducatif peut-il tenir encore la barre face au raz de marée des intelligences artificielles (IA) génératives en langage naturel (LLM) comme Le Chat ou ChatGPT ? Quand la version GPT-5.0, dévoilée le 7 août, exhibe un mode d’échange appelé « Prof pédago » qui fleure bon l’euphémisme pour « laisse-moi faire tes devoirs » ? La priorité me semble de sortir ces LLM du régime de la transgression auquel nos élèves et étudiants les associent, et que malheureusement nos discours alarmistes entérinent. De l’imaginaire pirate toujours latent avec l’offre (neurologiquement) excitante de ce qu’est devenu l’Internet (pornographie à volonté, réseaux sociaux et vidéos sans modération – et dark Net comme arrière-monde hors de contrôle). A l’adolescence, c’est évidemment une offre irrésistible de pulsionnalité tournée contre la société réglée des adultes. L’assimilation de l’IA générative à de la triche dessert alors l’enseignement, et enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant. Alors, oui, la simplicité fulgurante de cette triche par IA est ahurissante pour celles et ceux qui ont pratiqué antisèches en papier ou formules dans la calculatrice : à la simple photo d’un énoncé, ces LLM répondent en une seconde par un corrigé intégral ! Du collège aux concours des grandes écoles, des saisies croissantes dévoilent, comme pour la drogue, l’extension de la pratique. ChatGPT relance d’ailleurs sans gêne les échanges avec des pratiques de dealeur : « Veux-tu un document complet en PDF à montrer à ton prof ? » Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture » Cette normalisation ne peut passer que par une intégration officielle, dont il faut déterminer les modalités et une charte d’usage claire. Il va ainsi falloir repenser les modalités d’évaluation (disqualification de quasiment tout devoir à la maison), mieux valoriser encore l’oral en classe, et favoriser le retour à l’atelier de vrais « travaux dirigés ». Et surtout, me semble-t-il, malgré nos propres réserves, insérer cet outil dans une démarche académique, c’est-à-dire dans nos cours. Non pas sur le mode honteux de la cigarette partagée, et pas exclusivement sur celui d’une analyse critique qui paraîtrait trop de mauvaise foi pour dénigrer l’outil (les « hallucinations », inventions par la machine par exemple de faux textes, sont pourtant une cible facile et réjouissante), mais pour le défaire de cette dimension transgressive. Ce qui n’implique pas du tout de se soumettre à une divinité pédagogique que l’IA n’est pas. Il vous reste 48.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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  • « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture »

    Comme beaucoup de mes collègues universitaires, j’ai terminé l’année avec un sentiment mitigé. D’un côté, la joie de transmettre des savoirs, de voir des étudiants s’approprier des lectures exigeantes et s’enflammer dans des discussions qui dépassent le cadre du cours. De l’autre, la difficulté croissante d’évaluer des devoirs écrits dont je ne sais plus s’ils sont le fruit d’un travail personnel ou d’une intelligence artificielle. En mai, j’ai reçu, dans des proportions inédites, des copies dont le style lisse et impersonnel, la maîtrise surprenante de certaines références pointues trahissaient le recours à l’IA. J’ai aussi entendu, en entretien, des étudiants incapables de résumer avec leurs mots ce qu’ils venaient de m’écrire. Mais j’ai vu dans le même temps des usages plus prometteurs : certains avaient utilisé un logiciel pour générer un contre-argument ou tester la solidité de leurs propres idées. Voilà pourquoi l’interdiction pure et simple du recours à l’IA ne me paraît ni possible ni souhaitable. Chaque grande innovation technique a suscité une sorte de panique morale. Dans l’Antiquité, Platon voyait dans l’écriture une menace pour la mémorisation. Dans les années 1930, la radio fut accusée d’abrutir les masses. La télévision devint, dans les années 1960, le symbole d’un abaissement culturel. Internet fut dépeint comme un espace de désinformation, et Wikipédia comme la fin de l’expertise savante. A chaque fois, ces craintes étaient exagérées : ces technologies n’ont pas provoqué la décadence annoncée. L’IA s’inscrit dans cette lignée. Partenaire plutôt que substitut Le problème n’est pas que les étudiants « trichent » mais que nos dispositifs d’évaluation s’en trouvent fragilisés. Si une dissertation standard peut être produite en quelques secondes, c’est peut-être le signe que ce format n’est plus adéquat pour mesurer l’effort intellectuel attendu. Dans mes cours, j’ai vu cette ambivalence. Lorsqu’ils analysent un discours politique ou un texte scientifique, certains recourent à l’IA pour en produire un résumé. Pris isolément, ce résumé est toujours impeccable, mais souvent plat et sans relief. En revanche, quand les étudiants l’utilisent comme point de départ pour discuter le texte et en repérer les limites, le résultat s’avère stimulant. L’IA devient alors un Il vous reste 59.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
    #lia #doit #pas #êtreun #prétexte
    « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture »
    Comme beaucoup de mes collègues universitaires, j’ai terminé l’année avec un sentiment mitigé. D’un côté, la joie de transmettre des savoirs, de voir des étudiants s’approprier des lectures exigeantes et s’enflammer dans des discussions qui dépassent le cadre du cours. De l’autre, la difficulté croissante d’évaluer des devoirs écrits dont je ne sais plus s’ils sont le fruit d’un travail personnel ou d’une intelligence artificielle. En mai, j’ai reçu, dans des proportions inédites, des copies dont le style lisse et impersonnel, la maîtrise surprenante de certaines références pointues trahissaient le recours à l’IA. J’ai aussi entendu, en entretien, des étudiants incapables de résumer avec leurs mots ce qu’ils venaient de m’écrire. Mais j’ai vu dans le même temps des usages plus prometteurs : certains avaient utilisé un logiciel pour générer un contre-argument ou tester la solidité de leurs propres idées. Voilà pourquoi l’interdiction pure et simple du recours à l’IA ne me paraît ni possible ni souhaitable. Chaque grande innovation technique a suscité une sorte de panique morale. Dans l’Antiquité, Platon voyait dans l’écriture une menace pour la mémorisation. Dans les années 1930, la radio fut accusée d’abrutir les masses. La télévision devint, dans les années 1960, le symbole d’un abaissement culturel. Internet fut dépeint comme un espace de désinformation, et Wikipédia comme la fin de l’expertise savante. A chaque fois, ces craintes étaient exagérées : ces technologies n’ont pas provoqué la décadence annoncée. L’IA s’inscrit dans cette lignée. Partenaire plutôt que substitut Le problème n’est pas que les étudiants « trichent » mais que nos dispositifs d’évaluation s’en trouvent fragilisés. Si une dissertation standard peut être produite en quelques secondes, c’est peut-être le signe que ce format n’est plus adéquat pour mesurer l’effort intellectuel attendu. Dans mes cours, j’ai vu cette ambivalence. Lorsqu’ils analysent un discours politique ou un texte scientifique, certains recourent à l’IA pour en produire un résumé. Pris isolément, ce résumé est toujours impeccable, mais souvent plat et sans relief. En revanche, quand les étudiants l’utilisent comme point de départ pour discuter le texte et en repérer les limites, le résultat s’avère stimulant. L’IA devient alors un Il vous reste 59.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. #lia #doit #pas #êtreun #prétexte
    « L’IA ne doit pas être un prétexte à l’abandon de l’écriture »
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    Comme beaucoup de mes collègues universitaires, j’ai terminé l’année avec un sentiment mitigé. D’un côté, la joie de transmettre des savoirs, de voir des étudiants s’approprier des lectures exigeantes et s’enflammer dans des discussions qui dépassent le cadre du cours. De l’autre, la difficulté croissante d’évaluer des devoirs écrits dont je ne sais plus s’ils sont le fruit d’un travail personnel ou d’une intelligence artificielle (IA). En mai, j’ai reçu, dans des proportions inédites, des copies dont le style lisse et impersonnel, la maîtrise surprenante de certaines références pointues trahissaient le recours à l’IA. J’ai aussi entendu, en entretien, des étudiants incapables de résumer avec leurs mots ce qu’ils venaient de m’écrire. Mais j’ai vu dans le même temps des usages plus prometteurs : certains avaient utilisé un logiciel pour générer un contre-argument ou tester la solidité de leurs propres idées. Voilà pourquoi l’interdiction pure et simple du recours à l’IA ne me paraît ni possible ni souhaitable. Chaque grande innovation technique a suscité une sorte de panique morale. Dans l’Antiquité, Platon voyait dans l’écriture une menace pour la mémorisation. Dans les années 1930, la radio fut accusée d’abrutir les masses. La télévision devint, dans les années 1960, le symbole d’un abaissement culturel. Internet fut dépeint comme un espace de désinformation, et Wikipédia comme la fin de l’expertise savante. A chaque fois, ces craintes étaient exagérées : ces technologies n’ont pas provoqué la décadence annoncée. L’IA s’inscrit dans cette lignée. Partenaire plutôt que substitut Le problème n’est pas que les étudiants « trichent » mais que nos dispositifs d’évaluation s’en trouvent fragilisés. Si une dissertation standard peut être produite en quelques secondes, c’est peut-être le signe que ce format n’est plus adéquat pour mesurer l’effort intellectuel attendu. Dans mes cours, j’ai vu cette ambivalence. Lorsqu’ils analysent un discours politique ou un texte scientifique, certains recourent à l’IA pour en produire un résumé. Pris isolément, ce résumé est toujours impeccable, mais souvent plat et sans relief. En revanche, quand les étudiants l’utilisent comme point de départ pour discuter le texte et en repérer les limites, le résultat s’avère stimulant. L’IA devient alors un Il vous reste 59.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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